I-UN OUTIL ET UN PLAN :
Chers amis, vous avez entre les mains un outil. Dans la définition qu’en donne le Petit Robert, il s’agit "d’un objet fabriqué qui sert à agir sur la matière, à faire un travail".
Cet outil synodal va nous aider à ouvrir, à bâtir des "voies nouvelles pour la mission" (cf. lettre de Carême 2005, p.7), adaptées à la situation particulière de notre église diocésaine.
Il comprend deux parties :
• les conclusions de l’enquête synodale et les constats que nous en avons tirés.
• les fiches de travail rédigées sur la base de ces constats avec une note de présentation.
Aucun outil n’est parfait, on peut lui trouver beaucoup d’imperfections. Cela n’échappera pas à la sagacité de certains !
Cependant, je dois exprimer toute ma reconnaissance et celle du diocèse au comité de pilotage qui l’a réalisé ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont apporté leur précieux concours à l’élaboration de ce précieux document et à sa rédaction finale.
Avec des moyens limités en temps et en personnes, ils ont réussi à nous proposer ce numéro du bulletin diocésain spécial synode au moment où nous entrons en Carême.
Yalla !!, s’écrierait Soeur Emmanuelle du Caire, l’une de mes grandes amies !!
En avant, au travail !!
Nous le savons bien, un outil n’est efficace que s’il est utilisé et productif.
Bien entendu, nos groupements paroissiaux, nos doyennés, les ministres ordonnés, nos services diocésains, les mouvements, nos communautés religieuses et les jeunes vont s’en saisir. Le mode d’utilisation, d’ailleurs, nous est présenté dans une fiche à part.
Mais comme nous l’avons fait pour l’enquête synodale, pourquoi ne pas ouvrir la réflexion largement à tous et entendre également ce que l’Esprit révèle à notre église par la bouche de celles et ceux qui s’en disent loin ?
N’oublions pas que sur 9307 réponses traitées à l’issue de l’enquête synodale (sur les 30000 distribuées), près de 1000 proviennent quasiment d’hommes et de femmes qui ne partagent pas notre foi en Christ !!
Voilà donc un outil qu’il ne faut pas hésiter à mettre entre toutes les mains !!
On ne construit jamais à partir de rien ! Notre diocèse a une longue et belle histoire. Evêques, prêtres, diacres, laïcs, religieuses, religieux et missionnaires ont inscrits profondément dans les "gènes" de notre vie diocésaine,
• la trace profonde de leurs audaces missionnaires,
• de leur sainteté,
• ainsi que la marque indélébile du témoignage d’une existence donnée sans limite au Christ, à l’Evangile, à l’Eglise et à tous leurs frères.
Nous sommes les héritiers du meilleur de ce qu’ils ont bâti.
Mais, diocésains d’hier et d’aujourd’hui, nous avons en commun le même plan de construction que Jésus lui-même propose à tous : Sa Bonne Nouvelle.
C’est la raison pour laquelle les groupes de partage qui se sont mis en route autour de l’Evangile de Marc ne font pas double emploi avec la première étape de la réflexion synodale.
Bien au contraire, c’est sur les fondements mêmes de l’Evangile que nous devons utiliser cet outil de travail synodal.
Nul ne peut prétendre faire preuve d’édification dans l’Eglise s’il ignore, les Ecritures.
Son entreprise toute humaine présentera un certain intérêt, mais elle ne sera pas l’oeuvre de Dieu.
Or, ce que nous voulons, c’est justement accomplir cette oeuvre de Dieu pour l’Eglise de ce temps et plus particulièrement pour notre église diocésaine.
En clair, nous ne pouvons pas nous passer de ce "plan de construction" que nous offre la Bonne Nouvelle. Donc au fur et à mesure que nous avancerons dans la réflexion et les propositions, il est nécessaire que nous nous retrouvions davantage en communion pour vivre et partager l’Evangile.
II-UN TEMPS PRIVILEGIE NOUS EST OFFERT POUR NOUS LANCER :
Le Carême est l’un des grands temps forts spirituels de l’Eglise. Nous l’avons choisi à dessein pour la présentation et la diffusion du document synodal.
Le Carême est un temps de conversion pour toute l’Eglise et, bien entendu, pour chacun de ses membres.
• Conversion au Christ tout d’abord. Il y a tellement d’obstacles sur la route qui peuvent nous éloigner de Lui, qu’il est important par la prière, le jeûne et le partage d’apprendre à revenir à Lui, pour toujours mieux repartir de Lui.
• Conversion au prochain que je suis invité à regarder avec les yeux de l’Amour, c’est à dire avec ceux du Seigneur."Il le vit et il l’aima"Mc 10/21.
Dans ce prochain, le Seigneur m’invite à regarder prioritairement,
celui ou celle que l’on ne regarde plus,
celui ou celle qui est oublié de tous, exclus, méprisé par tous et à l’accueillir en priorité.
celui ou celle qui est trop faible pour se défendre seul, qui réclame justice et que je suis en mesure d’aider et d’accompagner.
• Conversion personnelle, en travaillant à ce que cette part obscure de moi-même, marquée par le mal et le péché, disparaisse avec le secours de la miséricorde divine pour faire place à la lumière de Pâques que le Christ vient faire jaillir en moi afin de me renouveler.
• Conversion en Eglise : pour diminuer les écarts qui existent au sein de nos communautés chrétiennes et ceux qui nous tiennent à bonne distance de la vie des hommes nous empêchant de voir, de comprendre de l’intérieur les situations et les fractures humaines parfois complexes vécues par tant de nos contemporains.
Le Carême est un temps privilégié pour nous préparer à ce qui nous attend sur la route de notre aventure synodale.
Nous allons connaître les tentations du découragement, de la lassitude, voire même le désir d’abandonner à certains moments.
L’enthousiasme du départ risque de s’émousser quand nous aurons le sentiment de ne plus avancer.
Il faut savoir que toutes ces tentations existent pour mieux les vaincre !
Le long exode du Peuple de Dieu, les quarante jours où Jésus a été tenté au désert ont été tout à la fois, une épreuve et un temps propice pour :
• connaître ses forces et ses limites,
• évaluer sa capacité de résistance au mal et au péché,
• mais surtout s’entendre dire comme St Paul "Ma grâce te suffit, déclare le Seigneur, car ma puissance se déploie dans la faiblesse". 2 Co 12/9.
III-DES DYNAMISMES PROPHETIQUES A SOUTENIR, A RENFORCER, A FAIRE NAITRE :
Depuis mon arrivée dans le diocèse de Cahors, j’ai appris à vous connaître, à vous aimer et je tiens à vous.
Je ne sais pas s’il est habituellement d’usage pour un évêque de laisser paraître publiquement, comme je le fais dans cette lettre, les sentiments d’attachement profond qui le lient à toutes celles et ceux qui sont les "pierres vivantes" de son diocèse ?
Mais je le fais sans retenue !
Isaïe opposait "l’amour jaloux de Dieu pour son peuple "Is 26/11 à ceux qui ne marchaient pas dans les pas de Yahvé et qui s’en prenaient à Israël,
Le prophète Zacharie le ré-exprimera avec force à travers les paroles que l’Ange lui a adressées de la part de Yahvé : "J’éprouve un amour très jaloux pour Jérusalem et pour Sion". Za 1/14.
J’ose dire avec toute l’humilité que cela nécessite, que je me retrouve totalement dans ces sentiments de Dieu à l’égard de son Peuple. J’y reconnais l’amour radical du Christ pour "ce petit troupeau à qui Il a plus au Père donner le Royaume" Luc 12/32.
L’amour rend aveugle, s’il cesse d’être nourri de l’intérieur par Celui qui en est la source. Au contraire, l’amour ressenti, vécu, exprimé avec les sentiments de Dieu, ouvre les yeux de la raison, de la foi et du coeur pour nous faire découvrir les merveilles que le Seigneur accomplit autour de nous, en nous et par nous.
Ainsi, depuis que j’ai commencé mes "tournées épiscopales" dans toutes les parties du diocèse, je suis émerveillé, enthousiasmé par cette énergie de mobilisation, d’accueil, d’inventivité, de propositions et d’organisation qui caractérisent beaucoup de communautés chrétiennes que j’ai eu le bonheur de rencontrer.
L’on pourrait imaginer logiquement que
• la diminution du nombre des prêtres,
• le vieillissement de nos assemblées,
• les difficultés rencontrées pour renouveler les forces vives de nos équipes (paroisses, services, mouvements),
entraînent une démobilisation progressive de tous les acteurs de la vie pastorale.
Sur des terrains que nous avons connus autrefois fertiles et prospères, nous voyons apparaître des signes de désolation et de sécheresse !
Et cependant, c’est souvent là que prêtres, diacres et laïcs maintiennent discrètement mais efficacement une présence d’Eglise en manifestant par leur engagement fidèle, un attachement sans borne au service du Christ, de l’Evangile et de leurs frères.
Les retours de mes tournées diocésaines le dimanche soir sont à chaque fois des temps forts d’action de grâce et de jubilation. Je médite souvent cette parole d’Isaïe que nous avons entendu dans la première lecture du 7° dimanche du temps ordinaire (Année B) : "Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer une route dans le désert, de fleuves dans les lieux arides". Is 43/18-19.
On va sans doute me reprocher un optimisme excessif, voire irréaliste !!
J’ai toutefois conscience de la dure réalité et des conditions d’exercice difficiles de la mission dans tous les secteurs de la vie du diocèse.
Mais ce dont je veux témoigner c’est que malgré ces difficultés, la capacité d’engagements, d’initiatives et d’actions ne font pas défaut à notre église diocésaine. Si j’en avais douté une seule seconde, je ne crois pas que je l’aurais engagée dans cette aventure synodale.
D’autre part, il ne faut pas que les obstacles réels que nous rencontrons soient comme l’arbre qui masque la forêt où apparaissent déjà, sous l’action de l’Esprit Saint, les nouvelles pousses prometteuses, porteuses d’Espérance et d’avenir.
La « sinistrose » n’est pas de mise chez les chrétiens habitués par leur Maître aux matins nouveaux de Pâques et de Pentecôte, de Résurrection et de Souffle prophétique !!
IV-PARTIR :
Alors, je crois que nous somme prêts maintenant pour aller plus loin dans la première étape de notre démarche synodale (REFLECHIR) : "Levons les yeux et regardons : les champs sont blancs pour la moisson". Jn 4/35.
• La parole a été donnée à toutes celles et ceux qui ont voulu la prendre par le biais de l’enquête. Le total impressionnant des réponses a : permis de dégager des constats, des pistes de réflexion et des questions pour la rédaction des 17 fiches synodales.
• Les conseils de doyenné nouvellement formés ou en voie de formation, joueront un rôle capital dans :
la répartition des fiches (paroisses, mouvements)
l’accompagnement de la réflexion synodale,
le travail de synthèse.
• La synthèse générale de chaque fiche permettra aux assemblées synodales qui se réuniront au cours de l’année 2007 de discerner, présenter et proposer un chantier missionnaire réaliste à ouvrir pour chaque fiche.
V-CONCLUSION :
Pour conclure cette lettre, je reprends volontiers ce que je vous écrivais pour le Carême 2005 : "Cette aventure, je propose que nous la tentions en Eglise, c’est à dire tous ensemble, en resserrant nos liens de communion, de fraternité, en nous mettant en état de prière qui est la source et le point d’appui de toute mission en vue d’annoncer l’Evangile". (Lettre Pastorale pour le Carême 2005, p.7)
En terminant, je me tourne vers Notre-Dame de Rocamadour, car nous avons besoin du soutien de sa prière et de sa protection maternelle pour partir ensemble sur ce chemin synodal diocésain.
Marie connaît mieux que quiconque Son Fils. Elle l’a porté en elle pour nous le donner. Elle sait tout ce qu’Il a fait pour nous et ce qu’Il attend de nous.
Avec les mots plein de douceur et de tendresse d’une mère, elle guidera notre marche et notre réflexion, elle nous encouragera et nous soutiendra de tout son amour, pour mener à bien l’oeuvre que le Seigneur nous confie pour l’annonce et le service de l’Evangile en terre Quercynoise.
En la fête de Sainte Bernadette Soubirous
Cahors, le samedi 18 février 2006

Lettre Pastorale pour le carême 2006