Le père Bertrand Cormier

Curé du secteur paroissial de Souillac

Jusqu’en septembre 2018, le Père Bertrand Cormier était membre du Conseil épiscopal, directeur-adjoint diocésain de la Pastorale de l’Enseignement catholique, responsable de la Pastorale liturgique et sacramentelle, responsable de la Commission des relations avec les Musulmans. Il a demandé à Mgr Camiade, évêque de Cahors, une année sabbatique, laquelle s’est terminée le 1er septembre dernier. Ces douze mois d’absence dans le diocèse, il les a consacrés à accompagner et aider des handicapés adultes dans un Centre Jean Vanier en Charentes. Rencontre avec le nouveau curé du groupement paroissial de Souillac.

Comment de Paris êtes-vous arrivé dans le Lot ?
Père Bertrand Cormier : Alors que j’avais 9 ans, mon père a décidé de quitter la vie trépidante parisienne pour le calme de la campagne du Lot-et-Garonne avec ma mère et mes frères. Nous avons emménagé à Castillonnés et après quelques années de recherche spirituelle, mon père a rencontré en 1987, le père Jean Lafon à Rocamadour. Mes parents et moi-même, avons vécu une année avec lui et d’autres personnes, au Mont Saint Joseph (près de Saint-Céré) dans le cadre de la Fraternité Sainte-Marie Saint-Jean que le père fondait alors. Le virus du Lot ne m’a jamais plus quitté.

Un souvenir de jeunesse qui a fait naître votre vocation ?
Père Bertrand Cormier : A 18 ans, lors d’un camp de Jeunes du Renouveau charismatique Les Béatitudes, j’ai ressenti l’envie de donner ma vie à Jésus. C’était mon intention, puis je me suis posé la question : « Comment faire pour la donner ? ». Donner sa vie au quotidien impose bien des exigences. Ce n’est pas le sacrement de l’Ordination qui donne sa vie à Jésus. C’est un long chemin qui nécessite la grâce de Dieu. Cette rencontre de fin d’adolescence m’a interrogé et a préparé ma vocation de prêtre.

"Avant d’exercer son ministère, le prêtre devrait aller passer un an avec les pauvres, les personnes âgées, ou les gens de la rue". Après une année passée auprès des handicapés, vous devez partager cette réflexion de Jean Vanier ?
Père Bertrand Cormier : Je confirme cette vision de Jean Vanier. Il nous a laissé un bel héritage en nous invitant à méditer sur le lavement des pieds, au cœur de la Passion de Jésus. La période de ses funérailles a été pour toutes les communautés de l’Arche, une belle célébration de l’amour en acte et en vérité. Pendant cette année, j’y ai appris beaucoup, notamment dans le sens du service, au plus prés des personnes, ainsi qu’en écologie humaine où le plus souffrant est au centre du groupe. Je ne verrai plus jamais le ministère du prêtre de la même façon. Nos communautés chrétiennes sont une vraie pépinière de charité fraternelle où les besoins d’aimer et d’être aimé sont infinis ! C’est de cette soif que toute pastorale doit partir : seul Jésus peut y répondre mais pas sans nous.

Certains prêtres doutent et sont fatigués. Pensez-vous qu’on vous en demande trop, autant l’Eglise que les paroissiens ?
Père Bertrand Cormier : Si l’évêque nous en demande trop, c’est qu’on en demande trop à l’évêque. Nous sommes dans le diocèse de Cahors, vingt-deux curés soit environ une trentaine de prêtres valides, aptes à prendre en charge les décisions et les assumer. Oui, les responsabilités des prêtres sont lourdes parce que la structure est lourde et semble irréformable.
A côté du travail physique, ce qui est psychologiquement lourd pour moi, c’est le regard que l’on porte sur notre sacerdoce. On est vu comme des personnes protégées et protégées par l’Institution ecclésiale. Si certains mots sont blessants, c’est autant, le regard qui fait mal.

Vous désirez dans votre nouvelle paroisse favoriser l’écologie intégrale en suivant les préceptes du Pape François dans son encyclique "Laudato Si". Comment peuvent-ils se concrétiser dans une paroisse ?
Père Bertrand Cormier : Je ne veux rien décider sans rencontrer les paroissiens, notamment ceux qui sont déjà engagés dans l’écologie intégrale. Par définition, dans ce domaine, rien ne peut se décider ni se faire seul. C’est par des échanges entre quelques personnes que naissent les projets. Un des principes de l’écologie intégrale est que le tout est plus -et mieux- que la somme des parties. Quelque chose de nouveau naîtra des rencontres autour des sujets essentiels.

Propos recueillis par André Décup

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