Jumelage avec la paroisse de Coubalan (diocèse de Ziguinchor au Sénégal)

Dimanche 21 octobre 2018 - Dimanche de la mission universelle.
Eglise Saint-Barthélémy

C’est dans une église comble que Mgr Laurent Camiade a présidé la messe, ce dimanche 21 octobre qui a clôturé la semaine missionnaire 2018. A cette occasion, après lecture d’une lettre du Père Luc-André Diatta, du diocèse de Ziguinchor au Sénégal, il a été signé une charte de jumelage avec la paroisse de Coubalan et la paroisse de Cahors.

Entretien avec Mgr Laurent Camiade et Père Ronan de Gouvello :

Mgr Laurent Camiade, la paroisse de Cahors s’aventure aujourd’hui dans ce jumelage avec la Paroisse Saint Joseph Ouvrier de Coubalan, c’est un lien particulier, privilégié dont vous êtes le garant. En ce dimanche qui clôture la semaine missionnaire, quel est votre regard personnel sur ce désir de communion fraternelle ?

Mgr L. Camiade : Comme le dit la charte qui vient d’être signée entre les deux paroisses, c’est vraiment quelque chose d’important pour manifester la communion universelle de l’Eglise. On a besoin d’ouvrir nos cœurs, de sortir de nos habitudes, de s’ouvrir à d’autres personnes, de voir d’autres cultures, et puis c’est aussi l’occasion de voir comment nous pouvons cheminer vers la même foi, en partageant de manière un peu différente de vivre la foi, de découvrir ce qui est vraiment essentiel dans la foi Chrétienne. Tout le monde a y gagner sur le plan spirituel. Il y a bien sûr des échanges et un soutien mutuel en vue de la Mission.

Qu’avez-vous envie de dire à votre confrère Monseigneur Paul Abel Manga, Evêque de Ziguinchor ?

Mgr L. Camiade : Je l’ai rencontré au mois de juin 2017, je suis allé justement à Ziguinchor. Je le remercie encore du bon accueil qu’il m’avait fait lors de ce voyage. Je le remercie également pour tous les prêtres de son diocèse qui viennent depuis plusieurs années au service de notre diocèse. Nous avons deux prêtres Fidei Donum, qui sont tout au long de l’année au service de paroisses dans le diocèse (actuellement à Cajarc et à Cahors). Et puis il permet que des prêtres viennent ici un mois ou deux pendant l’été, faire des remplacements pour les prêtres qui prennent des vacances ou qui ont des besoins missionnaires particuliers avec les touristes chez nous l’été. Je le remercie vraiment pour la disponibilité des prêtres qu’il nous permet d’avoir. Je lui adresse toutes mes salutations fraternelles.

Père Ronan, vous êtes vous-même à l’origine de ce jumelage avec cette paroisse sœur de Coubalan, qu’est-ce qui vous a décidé à engager votre paroisse sur ce chemin d’ouverture ?

Père Ronan : A l’origine, j’ai découvert en arrivant à Cahors que le père Marius était très connu et faisait un travail remarquable. Pour pouvoir donner une suite un peu plus pérenne, qui ne dépend pas uniquement des personnes, mais que ce soit les communautés paroissiales qui se sentent concernées, et fondée sur l’amitié du père Marius avec la paroisse de Cahors, je me suis dit qu’il fallait que l’on structure les choses. Je lui ai proposé, alors que je le ramenais à l’aéroport, s’il acceptait l’idée d’un jumelage, et il a accepté. Pour la mise en œuvre de l’idée, il a fallu trouver sur la paroisse des personnes qui se sentaient très concernées et c’est pour cela que les Lamartinière, qui ont vécu là-bas, qui ont une ouverture universelle par leur famille à l’Eglise dans le monde, ont accepté de prendre en charge le comité de pilotage du jumelage.

En quoi cette ouverture particulière sur le plan culturel, humain, spirituel est une richesse pour votre paroisse ?

Père Ronan : Souvent on a la tentation de réduire les problèmes de l’Eglise Catholique à nos problèmes personnels, de réduire tous les problèmes des Eglises du monde entier à ce qu’on connait à Cahors. En prenant ce moyen de jumelage, cela nous oblige, structurellement, à ouvrir la paroisse sur une église sœur. Et donc à découvrir une réalité absolument différente, dans un milieu et des moyens très différents, mais avec une même foi. Ce que j’attends de bien pour la paroisse, c’est que ça nous décentre de nous même. C’est un peu comme quand on voyage, que l’on découvre d’autres cultures, et quand on revient chez soit, on a un regard et une ouverture d’esprit qui permet de résoudre bien des problèmes internes, parce qu’on s’est aéré l’esprit. Pour la paroisse de Cahors, j’attend une transformation intérieure par le fait de s’ouvrir à une autre réalité, on va relativiser des choses qui nous semble essentielles. J’attends une réorientation de nos priorités pour la paroisse.

Avez-vous des projets avec cette paroisse dans les semaines, les mois à venir ?

Père Ronan : Mon premier projet avec la paroisse, c’est d’aller la visiter, je ne l’a connait pas. J’ai été au Sénégal en 1994, pendant cinq semaines dans un petit village de Casamance à côté de Ziguinchor, donc j’ai déjà mis les pieds dans le diocèse, mais je ne connais pas du tout Coubalan. Je vais les rencontrer en janvier 2019, le père Blaise va y passer un mois, pour moi cela sera sûrement une semaine. L’idée c’est de faire signer la charte de jumelage par le curé et la coopération missionnaire de Coubalan.
Le second point sera de permettre au comité de pilotage, emmené par la famille LAMARTINIERE, d’aller visiter cette paroisse. La mise en œuvre pour l’instant, cela va être une connaissance mutuelle. Cela me permettra aussi de découvrir ce diocèse de Ziguinchor qui nous aide tellement, en nous envoyant chaque année énormément de prêtres pendant les vacances d’été, mais aussi de comprendre cette logique missionnaire qu’ils ont. Quand je suis arrivé à Cahors, j’ai reçu comme un vrai cadeau de la providence la présence du père Blaise, et en discutant avec lui je remarque que l’on est pas du tout dans les mêmes priorités missionnaires ou les mêmes réflexes. Aussi ma priorité c’est d’aller les rencontrer au plus tôt.


Homélie de Mgr Laurent Camiade

« Pouvez-vous boire au calice que je vais boire ? » demande Jésus à Jacques et à Jean. « Nous le pouvons » répondent-ils, apparemment sans hésitation.

Personnellement, cette réponse m’impressionne beaucoup et évoque de leur part un élan du cœur beaucoup plus profond que nous pourrions imaginer.

Si nous regardons Jésus dans cet épisode de l’Évangile où la question de l’ambition humaine des disciples est posée de façon simple et directe, nous voyons que Jésus ne freine en rien le désir humain de réussir. Simplement, par quelques questions, il l’accompagne et permet à ce désir de s’orienter de façon juste dans l’humilité et cette humilité n’enferme pas, ne restreint pas l’horizon, ne freine pas le dynamisme intérieur des personnes, au contraire, elle conduit à une élévation : l’humilité est ce qui donne accès « au sommet de la vertu », comme le disait saint Jérôme en commentant ce passage de l’évangile.

Boire au calice du Seigneur, c’est passer après lui par la croix. La croix, ce n’est pas a priori ce que nous désirons le plus ! Mais c’est le cœur de l’ambition chrétienne. Suivre Jésus jusqu’au bout, être ses disciples, c’est boire à son calice, c’est donc partager quelque chose de son abaissement, du mystère de sa douloureuse passion. Il n’y a pas de mission évangélique sans croix, sans calice, sans désir de suivre Jésus par-delà nos goûts personnels et nos rêves trop humains.

Nous le savons depuis, longtemps, la foi est faite pour nous élever, pour nous conduire au-dessus de nos horizons restreints. Sinon, ce n’est pas la peine : en trois frottements du pouce sur nos écrans, nous avons accès à tous les plaisirs, à toutes les techniques et à tous les rêves qu’offre le monde matériel. La foi apporte une joie plus profonde, pleine de sérénité, dont l’ingéniosité humaine ignore le secret.

Les disciples Jacques et Jean le savaient : ils voulaient les premières places, non pas dans l’empire romain pourtant si puissant mais dans le Royaume de Jésus. Leur ambition est la joie avec le Seigneur. Mais, dit Jésus, ils ne savent pas ce qu’ils demandent. Le chemin vrai de leur ambition doit passer par l’acceptation de l’expérience de la croix : le baptême ou sera plongé Jésus-Christ qui est passage par la mort pour ressusciter.

Si nous n’acceptions pas ce passage par la mort, aucune fidélité, ici-bas, ne serait tenable. Aucune aventure missionnaire n’aurait jamais eu lieu. Les premiers missionnaires ont partout et toujours été des martyrs. Cela doit nous interroger si nous rêvons seulement d’efficacité. La fécondité de l’évangélisation est un enfantement dans la douleur. Le serviteur du Seigneur, annonçait le prophète Isaïe, « s’il remet sa vie en sacrifice de réparation, verra une descendance, prolongera ses jours : par lui, ce qui plait au Seigneur réussira. Par la suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera ».

L’indignation des dix autres disciples contre l’ambition exagérée de Jacques et Jean est aussi inutile que la demande des premières places dans le royaume était insensée. La vraie manière pour l’Église de réussir sa mission est que chacun se fasse l’esclave de tous. Car « le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

La fécondité de la mission est proportionnelle au don de soi. C’est là tout le message du pape François adressé aux jeunes en ce dimanche des missions : « Les extrêmes confins de la terre, chers jeunes, sont pour vous aujourd’hui très relatifs et toujours facilement “navigables”. Le monde digital, les réseaux sociaux qui nous envahissent et nous traversent, diluent les confins, effacent les marges et les distances, réduisent les différences. Tout semble à portée de main, tout semble si proche et immédiat. Pourtant sans l’engagement du don de nos vies, nous pourrons avoir des myriades de contacts mais nous ne serons jamais plongés dans une véritable communion de vie. La mission jusqu’aux extrêmes confins de la terre exige le don de soi-même dans la vocation qui nous a été confiée par Celui qui nous a placés sur cette terre (cf. Lc 9, 23-25). J’oserais dire que, pour un jeune qui veut suivre le Christ, l’essentiel est la recherche et l’adhésion à sa propre vocation. »

Le don de soi et le sacrifice, dans une société comme la nôtre où la vie est relativement facile mais où l’égoïsme individualiste est si imprégné, passe par nos efforts de partage et de rencontre avec ceux qui sont différents de nous, avec ceux qui ont des cultures différentes et des modes de vie un peu éloignés.

C’est dans ce sens que la paroisse de Cahors s’aventure aujourd’hui dans le jumelage avec la Paroisse Saint Joseph Ouvrier de Coubalan, au Sénégal. En ce dimanche qui clôture la semaine missionnaire mondiale, ce que dit la charte du jumelage indique une voie importante pour orienter le don mutuel de nous-mêmes : « Nous avons à définir et à établir les moyens conformes à la rencontre et à la connaissance de nos communautés sœurs. Ainsi, nous apprendrons en tout premier lieu à nous connaître dans nos cultures différentes pour avancer dans une foi commune, à nous respecter, nous reconnaitre comme des frères et sœurs, et à nous aimer en vérité ».

Nous déplacer pour visiter les communautés chrétiennes de Casamance, partager quelques-uns de nos moyens, continuer d’accueillir des prêtres venant du diocèse de Ziguinchor entre concrètement dans cette logique de partage et de sortie de soi. Songeons aussi, avec gratitude, au sacrifice que font ces prêtres qui ont quitté leur pays, leurs repères habituels pour venir se mettre, à l’appel du Seigneur et de l’Église, au service de tous, ici dans notre diocèse. Au service du diocèse de Cahors, nous avons des prêtres venant du Sénégal, du Congo, du Burkina Faso, ou d’autres pays plus ou moins éloignés (Roumanie, Angleterre, Canada…). Ici à Cahors, vous connaissez un peu Barthélémy qui sera ordonné diacre à Mercuès le 2 décembre prochain et qui vient aussi du Congo et souhaite offrir sa vie au service de notre diocèse. Tous nous aident à prendre davantage conscience de la mission universelle de l’Église et de cette nécessité du don de soi, radical, pour servir tous les hommes, à la manière de Jésus, « venu pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Comme pour les premiers disciples, l’ambition missionnaire doit toujours être purifiée : « Pouvez-vous boire au calice que je vais boire ? — Nous le pouvons ». Que cette réponse spontanée et généreuse des disciples Jacques et Jean soit aussi notre réponse à nous tous, chaque fois que se présente l’occasion de renoncer à nous-mêmes pour mieux servir nos frères dans l’humilité, à la suite de Jésus.

Amen.

Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors

Photos : service de communication

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