EGLISE DU LOT / N° 3

N° 3 / Juin 2018
Revue religieuse catholique du diocèse de Cahors

Editorial :
Témoigner du Christ aujourd’hui :
prendre le temps de rencontrer l’autre.

La mission d’annoncer la bonne nouvelle de Jésus fait partie de notre être chrétien. Nous connaissons par cœur ce passage de l’épître de saint Pierre "Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre compte de l’espérance qui est en vous, mais faites-le avec douceur et respect" (1 P 3,15-16).

La recommandation de douceur et de respect est une clé extrêmement importante à méditer et à vivre dans les temps qui sont les nôtres.

Toutefois la posture missionnaire apparaît souvent comme un sujet clivant entre les chrétiens. Certains se concentrent sur l’annonce explicite et l’apologétique tous azimuts, "à temps et à contretemps" (2 Tim 4,2), d’autres se retiennent rigoureusement de tout prosélytisme et toute prétention à instruire les autres, dans l’esprit d’un dialogue interreligieux et interculturel sincère. Bien sûr, entre ces deux tendances, de nombreuses nuances existent et l’articulation entre annonce et dialogue n’en finit pas de faire débat, de susciter des positionnements aussi divers que passionnés.

En arrière-fond de ces divergences, il y a tout un écheveau de tensions qui imprègnent notre société : laïcité, statut des migrants et des réfugiés, sécurité face aux attentats terroristes ou au banditisme des cités urbaines, etc. L’Évangile et la pensée sociale de l’Église donnent des repères clairs. Mais quand il s’agit de vivre au quotidien par exemple dans une banlieue où règne le non-droit dans une promiscuité déjà éprouvante en elle-même, les choix à poser en termes d’évangélisation sont bien difficiles. On a vu par exemple, ces dernières années, plusieurs communautés religieuses vivant en HLM quitter leurs banlieues toulousaines parce qu’elles ne s’y sentaient plus en sécurité. Mais celles qui doivent ainsi partir n’en font pas une théorie. Si elles partent, c’est humblement, après un choix déchirant. Quand à ceux qui restent, simples habitants des quartiers dits "chauds", de même, ils ne se paient pas d’idées toutes faites : ils vivent au jour le jour, cherchant dans les relations de voisinage le meilleur équilibre possible. Ils y trouvent des joies et des déceptions, comme il en existe dans toute relation humaine, avec toutefois une intensité particulière qui fait que les déceptions sont très lourdes mais les joies sont des victoires sur la haine qui est l’influence du diable sur les âmes.

Dans le Lot, les situations de ce type sont plus que rares. Nous avons de l’espace pour vivre. Nous avons en revanche un lieu de mémoire important et qui peut éclairer nos réflexions : l’église Saint-Michel de Bannières, au fond de laquelle est fixée une plaque de marbre gravée du testament spirituel du père Christian de Chergé, assassiné dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 avec 6 autres moines de Tibhirine. Ils seront bientôt béatifiés, probablement à l’automne, en même temps que Mgr Pierre Claverie, ancien évêque d’Oran, et qu’onze autres religieux et religieuses martyrisés en Algérie entre 1994 et 1996. Pour chacun d’entre eux, rester dans un pays devenu dangereux à cause de la montée de l’extrémisme n’avait rien d’un choix idéologique ni passionnel. Leur motivation était leur fidélité au Christ et à son appel à témoigner de son amour en aimant le peuple au milieu duquel ils étaient disposés à tout endurer s’il le fallait. Leur message est que l’amour prime sur tout, puisque le Christ est mort pour tous.

Sur le mur de Saint-Michel de Bannières on peut lire ces mots de Christian de Chergé : "S’il m’arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd’hui - d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays".

Ce qui réunit tous ceux qui croient au Christ, c’est que, selon des méthodes, avec des sensibilités et dans des contextes différents, ils cherchent à se donner à Dieu et à ceux qu’ils rencontrent.

Je suis très peiné quand je sens qu’il y a des intransigeances et des jugements entre chrétiens. Bien sûr, nous avons tous, à certains moments, des inconséquences et des maladresses. La correction fraternelle est à vivre, en tout premier lieu dans la rencontre personnelle, sans publicité inutile (cf. Mt 18,15). Nous avons aussi inévitablement des désaccords et des points de vue différents car nous ne vivons pas exactement les mêmes choses. Mais lorsque nous fixons ensemble nos regards sur Jésus qui nous sauve, il se produit toujours un rapprochement. Un chemin de guérison s’ouvre alors sur nos blessures et nos frustrations.

L’Évangile est à la disposition de tous dans les librairies ou sur Internet. Mais il ne peut pénétrer vraiment une vie en dehors d’une relation réelle, empreinte de douceur et de respect (cf. 1 P 3,16). Dans les enquêtes préparatoires au prochain synode sur les jeunes, la foi et le discernement des vocations, il a été demandé à des jeunes s’ils pensaient que l’Église devait être davantage présente sur les moyens modernes de communication (où ils passent beaucoup de temps). Ils ont massivement répondu : non, ce que nous voulons c’est rencontrer des vrais gens, des prêtres et des religieuses proches, abordables, des croyants qui n’ont pas peur !

C’est à l’intérieur du temps que nous nous donnons amicalement pour nous rencontrer que l’Esprit Saint travaille car Il sait, Lui, quelles sont les portes ouvertes dans le cœur de l’autre.

Mgr Laurent CAMIADE
Evêque du diocèse de Cahors

Sommaire :
- P. 2 : Editorial de Mgr Laurent Camiade
- P. 3 : Le sens spirituel des vacances avec l’Eglise / Père Réveillac
- P. 3 : Pèlerinages jeunes / locaux / autres / à l’étranger
- P. 4/10 : Dossier : La pastorale des réalités du tourisme et des loisirs
- P. 11 : François Servera sera ordonné diacre le 1er juillet 2018
- P. 11 : Lettre de l’île Maurice / Père Bergougnoux
- P. 12/13 : Pèlerinage diocésain en Périgord du 2 juin 2018
- P. 14 : Colloque Solminihac et inauguration du buste
- P. 15 : Agenda de l’évêque
- P. 15 : Décès du Père Georges Delbos
- P. 15 : Nominations
- P. 16 : 22 septembre 2018 : clôture de l’Année Alain de Solminihac
- P. 16 : Dans votre agenda
- P. 16 : Je soutiens l’église dans sa mission

 ! ! Changement de dernière minute : le Rallye des Eglises du Lot prévu les 22 et 23 septembre 2018 (voir page 8) est annulé et reporté au printemps 2019.
L’équipe PRTL est désolée du désagrément occasionné et vous présente ses excuses.

La revue "Eglise du Lot" est disponible dans vos paroisses et téléchargeable sur le lien ci-dessous :

EGLISE DU LOT / N° 3

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