Procession de la Sainte Coiffe

Samedi 27 avril 2019.

« Il vit et il crut » (Jean 20,8)

Arrivée devant la cathédrale
Homélie de Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors :

Nous venons d’arpenter les rues de Cahors en procession avec la Sainte-Coiffe. L’événement que nous vivons ne s’est pas produit depuis 1940 ! Durant les 900 dernières années, depuis la consécration de notre cathédrale, on a souvent fait des processions avec cette relique où les fidèles ont traditionnellement reconnu le suaire qui a dû recouvrir la tête de Jésus, au tombeau. L’époque moderne est souvent critique sur l’historicité des reliques, mais l’historicité des processions et de la foi des fidèles en Jésus ressuscité n’est pas contestée. Les processions étaient souvent motivées par des situations dramatiques : guerres, pestes, périodes de crise. La piété populaire se manifeste souvent à travers le désir de protection, de délivrance ou de guérison.

Qu’est-ce donc qui nous motive aujourd’hui ?

Bien sûr, il y a l’anniversaire des 900 ans de notre cathédrale et il s’agissait de créer un événement. Mais l’événement que nous vivons n’est pas une simple fête ni même un désir de faire du nombre. Qu’est-ce qui, aujourd’hui, incite le Peuple de Dieu et avec lui peut-être un certain nombre de curieux ou de sympathisants qui sont venus pour voir ce qui allait se passer ? Je me garderai de donner la réponse que chacun d’entre vous doit chercher en lui-même. Cependant, il me semble que je dois proposer quelques pistes car un chrétien doit toujours être prêt à rendre compte de l’espérance qui est en lui (cf. 1 P 3,15).

Je crois que nous vivons aujourd’hui des temps troublés. Cette multiplication de craintes, d’angoisses, de troubles dans le monde d’aujourd’hui me semble un motif suffisant pour nous être mobilisés à l’occasion de cette procession. Le fort retentissement de l’incendie des toits de Notre-Dame de Paris a été comme un catalyseur de l’expression de ce sentiment diffus de trouble qui atteint tout le monde, nous les catholiques mais aussi tous les autres. Quand je dis que les temps sont troublés, je ne pense pas d’abord aux crises internes de l’Église catholique qui sont malheureusement assez graves et suscitent en nous honte, révolte ou parfois découragement. Cependant nous faisons tout notre possible pour nous convertir sur un vrai chemin de purification.

Je pense davantage, en ce jour de prière, aux troubles de notre monde et de la société toute entière : trouble parce que l’homme ne voit plus clairement quelle est sa place dans l’univers, ce qui engendre diverses crises écologiques, sociales et géo-politiques ; trouble parce que les regards actuels sur la vie et sur l’amour font surgir un brouillard moral et de grands désordres psychiques ; trouble parce que beaucoup ont perdu le sens du bien commun, ce qui provoque des injustices et toutes sortes d’abus ou d’actes de violence.

Ces différents troubles actuels que nous apprécions peut-être les uns et les autres selon des critères assez différents me semblent se ramener à une cause principale qui est la perte du sens de notre responsabilité humaine au sein de la création. N’avons-nous pas trop tendance à agir selon notre point de vue individuel, selon nos sentiments ou nos intérêts individuels, sans prendre la mesure du monde qui nous entoure ? Autour de nous, il y a toute la création et toute la communauté des hommes et des femmes pour lesquels Jésus-Christ a donné sa vie. Est-ce le bien commun de tous qui motive nos actes ou notre seule vision individuelle ? Sortir de notre individualisme est un vrai combat intérieur. Il se vérifie à l’extérieur par notre intérêt pour les plus pauvres, les plus fragiles, les plus blessés. Sortir de nous-mêmes est le seul chemin pour approcher d’un bonheur qui ne déçoive pas. La quête de soi sans considération pour le reste du monde est toujours une quête décevante. C’est un horizon de vie étriqué qui trouble notre compréhension de notre place dans ce monde. Qu’est-ce que je fais ici sur terre, si ni les autres ni notre maison commune ne comptent vraiment pour moi ?

Nous rassembler, marcher ensemble dans les rues d’une belle petite ville de province à l’histoire passionnante en accompagnant un linge ancien vénéré comme le suaire de la tête du Christ, indice de sa résurrection, n’est-ce pas un défi à l’individualisme ? N’est-ce pas une sortie de nous-mêmes pour entrer dans les pas des milliers de pèlerins qui nous ont précédés au cours des siècles ? N’est-ce pas accomplir un acte radicalement désintéressé et largement ouvert à la valeur transcendante des créatures ?

Vénérer la Sainte-Coiffe suppose probablement un acte de foi : je reconnais dans cet objet un témoignage de l’action gratuite de Dieu et de sa Vie plus forte que la mort. Mais dans la mesure où vénérer signifie respecter, la vénération est toujours un travail sur soi, ce que l’on appelle aussi un « exercice spirituel ». Il s’agit de voir dans l’objet qui a été soigneusement conservé depuis des siècles, plus que l’objet, un lien physique qui nous rattache à l’histoire du Salut, de la même manière qu’un objet hérité de nos ancêtres nous rattache affectivement et concrètement à leur histoire, même oubliée.

Vénérer ce vieux tissu usé peut aussi nous aider à surmonter la tentation de jeter tout ce qui n’est pas au dernier cri, de saccager l’environnement et, pire, de rejeter les personnes. Le pape François nous alerte régulièrement sur les effets désastreux de notre « culture du déchet ». Au désastre écologique de tant de déchets accumulés s’ajoute l’habitude de rejeter de ce qui ne nous sert à rien et, en fin de compte aussi les personnes qui nous paraissent inutiles, improductives ou sans intérêt.

Vénérer un linge qui rappelle le culte mortuaire du corps du Christ nous oblige à respecter le Corps du Christ dans son entier, c’est-à-dire tous ceux pour qui Il a donné sa vie. C’est un motif puissant de respecter toute créature, tout objet, tout être vivant et toute personne. Vénérer la Sainte-Coiffe peut ainsi nous libérer de la tentation de rejeter l’enfant à naître qui dérange, le migrant, le conjoint encombrant, la personne handicapée, malade ou en fin de vie. Plusieurs associations au service des plus pauvres ont commencé à réaliser avec des déchets récupérés une grande « croix des pauvretés ». Cette croix des pauvretés sera bénite dans la cathédrale jeudi 6 juin à 15h00, quelques jours avant que la Sainte-Coiffe ne rejoigne son emplacement stable, dans la chapelle d’axe. Cette croix des pauvretés nous rappellera que la fête des 900 ans de la cathédrale et la vénération de la Sainte-Coiffe doivent ouvrir nos cœurs aux plus pauvres et aux plus vulnérables.

En priant autour de la Sainte-Coiffe, en ‘processionnant’ dans les rues, nombreux bien que très différents les uns des autres, n’avons-nous pas en quelque sorte mimé la marche de l’humanité traversant l’histoire et aspirant à ne former qu’un seul peuple ?

Mes frères, le Christ en mourant et en ressuscitant a promis qu’à la fin des temps, se réalisera ce désir d’unité de tout le genre humain. Prions donc l’Esprit Saint d’orienter nos regards vers le Christ Jésus qui a laissé ses linges mortuaires au tombeau vide. Qu’à travers ce signe, légué par les chrétiens du passé, nos cœurs s’ouvrent au désir de la Vie éternelle et que nous reprenions conscience de notre responsabilité dans la création. Devant les linges posés au fond du tombeau vide, l’Apôtre Jean « vit et il crut ». Nos cœurs lents à croire ont besoin d’être remis sur le chemin pour ne pas désespérer et retrouver le goût de répandre sans cesse l’amour du Christ.

Mgr Laurent Camiade,
évêque de Cahors


MERCI !

Samedi dernier, nous sommes nombreux, très nombreux, à avoir arpenté les rues de Cahors en procession avec la Sainte Coiffe. Un tel événement n’était pas arrivé depuis 1940 !

Vénérer la Sainte Coiffe mène à la contemplation du Christ Ressuscité et à son amour infini pour chaque homme. Cette journée qui a rassemblé pèlerins et curieux venus pour certains de loin, n’était donc pas une simple fête ni un désir de faire du nombre : elle était pour nous tous, chrétiens de Cahors et d’ailleurs, l’occasion de rendre compte de l’espérance qui est en nous, à la suite des milliers de pèlerins qui nous ont précédés au cours des siècles !

Merci donc à vous tous, bénévoles qui avez œuvré parfois de longues heures pour la réussite de cette belle journée ! Merci à vous, paroissiens de Cahors, pour votre participation et ce beau témoignage de foi et d’espérance. Rendons grâces ensemble d’avoir pu témoigner, en ces temps troublés, de la joie profonde qui habite nos cœurs !

Que cette année jubilaire qui se prolonge jusqu’au 8 décembre nous donne toujours plus le goût de répandre sans cesse autour de nous l’amour du Christ dont le monde a tant besoin ! Souhaitons qu’elle soit l’occasion pour de nombreux visiteurs de vivre devant la Sainte Coiffe la même expérience de Foi que l’apôtre Jean : "Il vit et il crut".

Que cette année soit aussi source de grâces pour chacun d’entre vous et pour vos familles.

Bon Jubilé !

Mgr Laurent Camiade
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- L’ostension de la Sainte Coiffe bénie par le Pape :
Que la relique de la Sainte Coiffe de retour dans le bel écrin de cet édifice multiséculaire, puisse aider les chrétiens, ainsi que tous les hommes de bonne volonté, à ouvrir leur cœur au Seigneur Jésus qui est venu pour que tous aient la vie en abondance (Jn 10).

Bénédiction du Pape François à l’occasion de l’ouverture de l’ostension de la Sainte Coiffe (14 avril 2019)
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Photographies : Michel Lhommelet, Monique Provensal, André Décup

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