Hospitalité diocésaine : échos du pèlerinage à Lourdes 2016

Le pèlerinage diocésain 2016, c’est 7 autocars dont 2 de médicalisés emportant pèlerins, jeunes, hospitaliers et malades handicapés personnes très âgées, dans la joie et pleins d’espérance

Partis ce 20 avril avec 308 personnes nous avons eu le bonheur d’être rejoints Jeudi 21 par les pèlerins d’un jour venus aussi de tout le diocèse et lors du passage de la Porte de la miséricorde en début d’après-midi Monseigneur Camiade, très présent pendant ce pèlerinage, a béni tous les participants

Marie a veillé tout au long de ces cinq jours sur nous et nous avons pu participer aux cérémonies extérieures quasiment sans pluie malgré un temps très incertain

Plusieurs temps forts ont marqué ce pèlerinage :
> La messe devant la grotte, puis le passage ensuite où chacun des pèlerins étant accueilli à la sortie par un mot d’encouragement de Monseigneur Camiade.
> Le chapelet dit à la grotte par le chapelain Père Michel Baute, accompagné de tous les pèlerins et des prêtres et diacres du diocèse présents : Père Luc Denjean prédicateur, Père Guillaume Soury-Lavergne, prêtre des jeunes, Père Gabriel Castagné, Père Florent Millet, Père Jean-Pierre Rigal et les diacres Henri Salvat et Patrick Hannoyer.
> Autre temps fort, celui de la cérémonie du sacrement des malades

Pour la procession mariale, se sont joints à nous les jeunes catéchistes du secteur de Souillac.

Lors de la soirée festive, nous avons pu partager joie et émotion avec plusieurs personnes du diocèse participantes du pèlerinage occitan : les animations étaient pilotées par les jeunes hospitaliers du pèlerinage

Le retour dimanche après-midi s’est effectué, malgré la fatigue bien légitime, dans la paix et toujours dans la joie, avec l’engagement de nombreux participants de revenir du 3 au 7 Avril 2017 dates du futur pèlerinage

Joie, paix, communion, miséricorde que les fruits de ce pèlerinage 2016 surabondent dans notre diocèse.

Contact : Jean-Marc Lasfarguettes / 06 12 85 11 20 / 05 65 22 08 48

Merci à Jean-Marc Lasfarguettes pour le texte, ainsi qu’au père Luc Denjean et à André Décup pour les photos

HOMELIES ----------------------------------------------------

Messe du 21 avril à la grotte, présidée par Mgr Camiade. Homélies du père Luc Denjean et de Mgr Laurent Camiade

Mercredi 20 avril
1re homélie du père Luc Denjean

Il est heureux de nous retrouver dans ce lieu si particulier, ce lieu nous le connaissons depuis bien des années ou nous le découvrons pour la première fois. C’est ce que nous vivrons ensemble durant ces cinq jours qui nous marquera et donnera de la force à notre chemin de foi.
Ici le dernier prend la première place, ici nous faisons l’expérience concrète de la miséricorde. Bernadette fut regardée par la Dame et elle ressentie un infini respect, qu’elle n’avait jamais éprouvé. "Elle me regardait comme une personne" Disait-elle.

Miséricorde de la mère de Dieu qui nous touche tant à Lourdes, et Miséricorde du Père qui la source de toute miséricorde et que l’Eglise nous invite à approfondir durant cette année.
Qu’elle est donc cette miséricorde ? « Est-elle une sorte de condescendance humiliante pour les autres ou une reconnaissance de chacun dans sa dignité ? »
Le mot peut nous paraître ancien, démodé, voire usé. Cette impression peut alors nous détourner de la Réalité qu’il porte.

Le Concile Vatican II dans son retour à l’Ecriture, Jean-Paul II dans son lien à Sainte Faustine et à son pays, et le pape François devant ce qu’il perçoit de nos sociétés, nous invitent en redécouvrir toute la réalité et la profondeur. Et il y a pour lui urgence, car c’est la crédibilité du message de l’Evangile qui pourrait être menacée.
Nous aurons donc pendant ces quelques jours l’occasion de nous retrouver et nous essayerons ensemble de rentrer dans sa compréhension. Non pas seulement pour satisfaire notre curiosité mais d’abord pour en vivre, c’est un des enjeux premiers la mission de l’Eglise et donc de notre propre mission de baptisés.
Il y a dans le terme miséricorde plusieurs sens. Et chacun d’eux nous donne un aspect de sa réalité. Il s’agit donc pour nous de les découvrir et de les unir pour en vivre.
Le langage courant identifie la miséricorde à la compassion ou au pardon. Cette aptitude à se laisser toucher par ce que vit l’autre véritablement.
Ce qui est vrai, mais en rester là peut cacher toute la richesse que le peuple d’Israël par son expérience, sa longue histoire y mettait.
Deux sens en ressortent, d’abord l’attachement instinctif d’un être à un autre. Ce sentiment pour Israël, a son siège dans le sein maternel, dans les entrailles d’un père. Nous dirions aujourd’hui dans le cœur, même si ce n’est pas aussi fort et peut être moins concret. Elle se manifeste par la tendresse et se traduit en actes dans les moments tragiques ou en pardon dans des offenses.

Le second sens parle de la relation entre deux êtres qui implique la fidélité.
La Bible donne beaucoup d’exemples de la fidélité de Dieu envers son peuple. Pensons à l’Exode et aux multiples tentations du peuple pour revenir en Egypte, au prophète Osée qui par son histoire personnelle découvre la fidélité de Dieu (…), on pourrait parler de Jonas qui refuse la bonté du Seigneur (…) et bien d’autres prophètes.
Il y a aussi toutes les paraboles dans les évangiles, Luc en regroupe beaucoup, L’enfant prodigue, la brebis égarée et j’en passe.
La miséricorde est donc une fidélité consciente et voulue qui manifeste concrètement l’amour Dieu pour chacun de nous.

Le pape dans la bulle d’indiction le dit à sa manière : « l’amour ne peut être jamais un mot abstrait. Par nature, il est vie concrète : intentions, attitudes, comportement qui se vérifient dans l’agir quotidien ».
La miséricorde c’est aussi « le sentiment par lequel la misère de l’autre touche notre cœur », lorsque je suis touché c’est ma personne qui est engagée dans toutes ses dimensions, cœur, corps et intelligence.
Retenons aujourd’hui, que cet engagement total de la personne est une condition de l’acte de miséricorde.
Si je n’ai que l’intelligence je suis sec, si je n’ai que le cœur je suis mou, si je n’ai que le corps je suis sensation, mais si je les unis je suis une personne capable d’écouter, de voir, de sentir et donc en capacité d’accueillir la miséricorde et devenir moi-même un être de miséricorde.
Demandons au Seigneur cette unification de notre vie, qu’il nous rendre capable d’être touchés par l’autre dans la réalité de sa vie faite de joie et bien souvent de misère.
Seigneur, en ce début de pèlerinage, fais tomber toutes ces résistances qui empêchent de nous laisser toucher par ton amour et ouvre nos vies à ta miséricorde.
Amen

Jeudi 21 avril 2016
Messe à la grotte - lectures : Col 1,11-20 ; Lc 10,25-37
Homélie de Mgr Laurent Camiade

L’auberge du bon samaritain a été lue par beaucoup de pères de l’Église comme une figure de l’Église. L’Église est un lieu accueillant où l’on peut prendre en charge un blessé. Un abri sous lequel le Christ, figuré par le samaritain en voyage qui a pris soin du pécheur, le dépose jusqu’à son retour, quand il rendra "ce qui a été dépensé en plus".

Nous sommes ce matin sous l’abri de la grotte de Lourdes qui elle aussi peut jouer en quelque sorte un rôle symbolique d’accueil des pécheurs et de signe de la miséricorde de Dieu. Le Rocher est vu dans la Bible comme un appui solide et il figure le Christ. Sous ce rocher, nous pouvons nous abriter avec confiance. "Jésus, j’ai confiance en toi", comme dit sainte Faustine. Faire confiance au Seigneur, s’abriter dans l’Église comme hôpital de campagne selon les mots du pape François, c’est la condition pour goûter la miséricorde du Seigneur. L’Église n’est pas un lieu aseptisé où tout le monde serait impeccable, irréprochable. C’est une communauté formée de pécheurs et tournée vers le Christ. Dans le regard même de Jésus, l’Église se dirige ainsi vers les plus pauvres, vers les plus fragiles, les blessés de la vie, les réfugiés, les malades.

Devant cette grotte, sainte Bernadette a reçu un appel à prier pour la conversion des pécheurs. La vierge Marie lui a demandé plusieurs fois d’aller dire aux prêtres de construire une chapelle, d’aller boire et se laver à la fontaine et de prier pour la conversion des pécheurs.

La référence aux prêtres et à la chapelle montrent bien que la vierge Marie renvoie à la mission de miséricorde de l’Église, à l’Église comme auberge du bon samaritain, comme lieu de soin.

La fontaine est aussi un symbole fort qui nous relie au baptême, à la vie du Christ qui désaltère et purifie. Mais précisément cette "fontaine" du creux du rocher qui coule maintenant claire et continue n’était au départ qu’une marre de boue. Encore l’image de l’hôpital de campagne où tout n’est pas net au point de départ, mais qui, par l’orientation qui est choisie peut, avec la grâce de Dieu, devenir source de vie.

Le jubilé de la miséricorde est une occasion magnifique de retrouver cette compréhension profonde du mystère de l’Église comme lieu source, lieu de purification, lieu où l’on n’attend pas d’être soi-même impeccable pour prendre soin les uns des autres, lieu où l’on ne condamne pas, où l’on ne stérilise pas mais où l’on accueille, où l’on accompagne, où l’on offre humblement un chemin de croissance spirituelle.

La vierge Marie, dans son magnificat, s’est émerveillée de ce que la Miséricorde du Seigneur s’étend d’âge en âge, de génération en génération. Jean-Paul II, dans son encyclique sur la miséricorde (Dives in miséricordia, 1980), dit que cette parole de Notre-Dame est prophétique, qu’elle s’applique pour nous aujourd’hui : la miséricorde de Dieu s’étend aussi à notre génération. "Dieu vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints" (cf. 1° lecture, Col 1,12).

C’est difficile à croire dans une époque où la miséricorde est de plus en plus mal comprise ou rejetée, caricaturée ou dénigrée. On s’interroge aujourd’hui sur notre capacité à répondre aux besoins urgents des plus fragiles, comme par exemple les migrants. Le cœur de la société semble fermé à la misère humaine. Seuls ceux qui brillent et réussissent paraissent intéressants. Mais, justement, la mission de l’Église, dans ce contexte précis de rejet de la miséricorde, est de prier pour que Dieu fasse miséricorde à ce monde qui s’éloigne de Lui.

En même temps, les difficultés actuelles portent l’espoir d’un sursaut : nos contemporains ont de plus en plus conscience que le progrès de l’humanité ne peut pas se limiter à la technique et à l’argent.

L’Église s’efforce, elle aussi de rendre le monde plus humain, de travailler concrètement à la réparation d’un monde dur et froid. On le voit clairement ici à Lourdes avec l’attention portée aux personnes malades et également dans nos diocèses avec les aumôneries de santé, les services évangéliques des malades ou encore beaucoup d’autres services des plus fragiles. Mais cette Église qui accomplit des œuvres de miséricorde ne doit pas oublier de prier, de crier vers Dieu pour qu’Il fasse miséricorde à ce monde. "Plus la conscience humaine, succombant à la sécularisation, oublie la signification même du mot de « miséricorde » ; plus, en s’éloignant de Dieu, elle s’éloigne du mystère de la miséricorde, plus aussi l’Eglise a le droit et le devoir de faire appel au Dieu de la miséricorde « avec de grands cris »" (Jean-Paul II, D.M. n. 15). Cette prière de supplication pour la miséricorde de Dieu, tout chrétien a le droit et le devoir de la faire, qu’il soit enfant, adulte ou plus âgé, valide ou souffrant d’un handicap. Nous sommes tous appelés à supplier Dieu de faire miséricorde à notre monde.

Depuis cette grotte, depuis le cœur de ce sanctuaire où la vierge Marie a demandé à Bernadette de prier pour la conversion des pécheurs, implorons de tout notre cœur la miséricorde de Dieu pour notre monde. Dieu aime avec tendresse notre monde tel qu’il est. Jésus-Christ a donné sa vie par amour pour les pécheurs. La mission de l’Église comporte cette dimension capitale de s’associer à ce sacrifice de Jésus par de grands cris, de prononcer le mot "miséricorde" à la place de ceux qui n’ont pas le courage ou ne voient pas l’opportunité de le prononcer.

Même parmi des chrétiens, il y en a qui n’osent pas employer le mot miséricorde. Il a peut-être été parfois mal utilisé, déformé. Certains ont peur que ce mot soit un alibi pour ne pas se remettre en question, d’autres trouvent qu’il sonne trop mièvre, qu’il exprime un manque de virilité spirituelle. Dans ces arguments, il y a beaucoup de peur de déplaire et d’être mal vus. C’est précisément la "mondanité spirituelle" dont parle souvent le pape François. Avons-nous honte de l’Amour dont Dieu nous a aimés ? Sans le mot miséricorde, comment exprimer l’infinie patience de Dieu ? Comment dire la puissance extrême de l’amour de Dieu qui n’a besoin ni de se venger ni de faire justice pour aimer les pécheurs ? La seule manière d’être témoins de l’amour de Dieu plus fort que tout est de regarder avec la plus grande lucidité possible toute l’étendue de la misère humaine, toutes les injustices de ce monde, toute la violence autour de nous, mais également en nous-mêmes, tout notre égoïsme, toutes nos lâchetés... et, sans se résigner à cela, de crier vers Dieu pour implorer sa miséricorde, car lui Seul peut fondamentalement ré-humaniser ce monde qui se déchire. C’est lui le Rocher qui nous sauve !

Dans la parabole du bon samaritain, l’homme qui s’est approché et a pris le blessé sur sa monture a révélé la miséricorde de Dieu. Et cet homme promet aussi à l’aubergiste qu’il reviendra et qu’il paiera, qu’il donnera ce qu’il faut pour que la guérison soit complète. Forts de cette promesse du retour du Seigneur, nous pouvons et devons crier vers Lui pour qu’il fasse miséricorde à ce monde d’injustice et de violence. Nous pourrions nous dire que nous sommes assez généreux pour prendre en charge le blessé nous-mêmes, sans avoir besoin d’être payés, par nos propres moyens, par notre propre générosité. Nous sommes tellement sûrs de savoir faire ! Mais la promesse de Jésus "ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai" nous révèle pourtant que nos moyens et notre capacité d’aimer ne sont pas suffisants. La miséricorde de Dieu ne s’exerce pas sans nous mais elle ne peut surtout pas s’exercer pleinement sans le Christ, sans la grâce qu’il nous donne et sur laquelle il nous faut compter.

"Implorons la miséricorde divine pour la génération contemporaine ! disait encore Jean-Paul II. Que l’Eglise, qui cherche à l’exemple de Marie à être en Dieu la mère des hommes, exprime en cette prière sa sollicitude maternelle, et aussi son amour confiant, dont naît la plus ardente nécessité de la prière !"
Amen.

Vendredi 22 avril
2e homélie du père Luc Denjean

J’évoquais dès notre arrivée que la miséricorde nous met en mouvement, nous fait agir et engage tout notre être, avec notre cœur, notre corps notre esprit ou intelligence.
Nous le savons bien, nos chemins ne sont pas toujours faciles, les épreuves n’épargnent personne. On peut être touché au cœur, au corps et parfois même dans notre capacité de penser. Le péché est aussi une entrave sur la route j’en reparlerai demain lorsque j’évoquerai le sacrement de la réconciliation.
Dans quelques instants beaucoup d’entre vous ont choisi de recevoir le sacrement des malades. Un sacrement qui vient éclairer la miséricorde du Père. Celle que Jésus révèle dans le regard qu’il porte dans l’Evangile, un regard plein de tendresse sur les malades qui relève et guérit.
Le Pape François le souligne « Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pécheurs, les pauvres, les exclus, les malades et les souffrants, sont marqués par la miséricorde. Tout en Lui parle de miséricorde. Rien en Lui ne manque de compassion. »

Ce sacrement comme tous les autres d’ailleurs porte la marque de la miséricorde d’un Dieu qui s’intéresse à l’homme dans le concret et la réalité de sa vie et lui donne des moyens pour grandir et garder le cap.
Nous venons devant lui avec notre misère, nos handicaps, qui ne sont pas toujours visibles, nos maladies. Devant lui, par le ministère de l’Eglise nous nous laissons toucher, nous accueillons sa force et l’assurance d’un amour inconditionnel. L’Esprit a sanctifié cette huile, elle devient par sa bénédiction l’Huile Sainte que nous recevons du Seigneur afin qu’elle soulage notre corps, notre esprit et toute souffrance et maladie, de tout mal physique, moral et spirituel.
Ce sacrement n’est jamais sans effets, même si ces effets ne correspondent pas à ce que nous attendions. Il y a un mystère dans le signe d’une guérison qui nous dépasse et qu’il ne nous appartient pas de juger. Pourquoi si peu ? Pourquoi pas moi ? Mais si la guérison est un signe alors, ce signe renvoie à autre chose que lui-même.
Cet autre chose concerne tous les hommes qui l’acceptent, le Salut. La lettre de Jacques nous le dit : « Si l’un de vous est malade, qu’il appelle ceux qui exercent dans l’Eglise la fonction d’Anciens : ils prieront sur lui après avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. Cette prière inspirée par la foi sauvera le malade… »

Rien ne pourra se faire si je ne viens pas au rendez-vous avec un cœur disponible, si je ne me présente pas devant lui tel que je suis.
Il est évident qu’il y a en chacun de nous des désirs. Lorsque Jésus demande à l’aveugle Bartimée : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » ; la réponse semble pourtant si évidente. « Seigneur que je voie ». Nos désirs sont à exprimer, mais ils doivent l’être dans le cadre d’une relation de foi, d’écoute et d’espérance, sans vouloir piéger celui à qui je m’adresse.
Souvent la réponse à nos attentes est bien loin de ce que nous pouvions imaginer, mais souvent, aussi, nous ouvre des horizons nouveaux sur notre propre vie et sur ce que nous pouvons offrir à Dieu et aux autres.
Le sacrement des malades est à recevoir comme un acte de la miséricorde du Seigneur, qui vient nous toucher personnellement, nous rejoindre dans ce qu’il y a d’unique dans nos souffrances. Qui vient nous rencontrer là où nous en sommes, pour nous conduire à plus de vie.

L’Evangile nous le rappelle aujourd’hui, Jésus est le chemin, la vérité et la vie. Alors, réjouissons-nous d’être rejoins dans la vérité de nos chemins parce qu’il nous conduit à plus de vie.
Amen.

Samedi 23 avril
3e homélie du père Luc Denjean

Dans cette année de la miséricorde, le pape appelle de manière forte à redécouvrir le sacrement de la réconciliation. Un sacrement, il faut le dire, pas toujours facile à envisager.
Je vous rassure, je ne vais pas insister lourdement, pour que vous alliez vite recevoir ce sacrement. Non on ne va se confesser parce que c’est obligatoire.
Notre foi chrétienne n’est pas sous le registre du « sacré » mais bien sous celui de la « sainteté ». Un lieu sacré, c’est un lieu où je dois me rendre, faire ce qu’il m’est demandé de faire. C’est cela qui compte, une fois l’acte, la prière, l’offrande réalisés alors je suis en règle. On pourrait même presque penser, peu importe si c’est cohérent avec ma vie.
Dans le lieu saint ce qui compte c’est tout le chemin qui m’y conduit. Tout se joue dans la marche et la préparation, je vais à un rendez-vous et je ne peux m’y rendre n’importe comment. La vérité de la rencontre dépendra de la vérité de mon chemin.

Vous le comprenez on ne peut envisager le sacrement de la réconciliation sous l’angle d’un acte sacré mais bien au contraire dans la perspective d’une rencontre qui fait grandir et libère.

Les sacrements de la vie chrétienne sont des étapes sur notre chemin qui à chaque fois nous rapprochent de Dieu.

La question du péché touche tout ce qui entrave sur ma route la marche qui me conduit vers le Seigneur, vers les autres et vers moi-même.
Parfois le péché se mêlent aux fautes, et aux erreurs. A tel point que l’on ne sait plus vraiment où on en est.
Je voudrais relever deux points pour mieux comprendre ce sacrement.

C’est à lumière de la Parole de Dieu qu’il faut s’éclairer. On peut se reconnaître pêcheur seulement si l’on découvre de quel amour nous sommes aimés.

En fait l’amour de Dieu est au pêcheur ce que la lumière est à l’ombre. Il y a au milieu un obstacle qui dévie la relation. Le péché se dresse entre Dieu et l’homme. Je prends conscience de l’ombre à cause de la lumière, du péché à cause de l’amour de Dieu. Le rituel de ce sacrement nous le rappel, il convient de confesser d’abord l’amour de Dieu celui que je découvre dans ma vie que j’espère et en même temps que je trahis si souvent. Pierre acceptera l’amour du Jésus et pourra être pardonné, Judas ne pourra pas l’envisager et refusera de vivre.

Le deuxième élément est l’importance de la Parole (humaine). Je ne peux pas tout dire de moi à tout le monde, mais tout ce que je porte doit pouvoir être dit au moins à une personne. Ça peut être une étape dans mon chemin de réconciliation. On peut parler à un ami, à un prêtre si l’on désire aller jusqu’au sacrement, mais cela est toujours libérateur. (Soyez en sûrs)
La parole met à distance ce que nous portons et permet de mieux se positionner. Souvent quand je discute avec une personne j’en viens à évoquer cette sorte théorie des trois H. Humiliation, Humilité, Humour. Tout est question de distance.
- Quand ce que je vis me fait mal, que je n’arrive pas à m’en dégager, je suis comme bloqué incapable de parler. Humiliation qui empêche tout mouvement, tout recul.
- Quand j’arrive à faire la part des choses, me remettre moi-même en cause, alors je prends un peu de distance et je rentre dans l’humilité.
- Et quand je suis capable de sourire de moi-même, reconnaître le chemin parcouru et à parcourir alors je suis dans une dynamique où je rends l’avenir possible. Une béatitude qui n’est pas dans l’Evangile dit : « Heureux ceux qui sont capables de rire d’eux-mêmes, ils n’ont pas fini de se marrer. »

Croire en l’amour de Dieu et pouvoir parler humblement, me met en situation de recevoir l’amour de Dieu et d’accueillir une parole concrète, objective qui me relève, me rassure, m’apaise et m’envoie.
On dit aussi parfois que le péché est une rupture du lien qui coupe la relation à Dieu. Quand je romps ce lien je me sépare de Dieu, mais quand je me réconcilie, je renoue avec lui. Du coup le pardon me rapproche de lui parce que quand je fais un nœud la corde est plus courte et je me retrouve plus prêt du Seigneur.

On demandait un jour à des enfants ce que voulait dire pour eux « miséricorde », un a répondu : « C’est une corde lancée sur notre misère ». Acceptons-nous de la saisir ?
Amen

Dimanche 24 avril
4e homélie du père Luc Denjean

Au terme de ces quelques jours passés, ici à Lourdes. L’expérience que nous garderons de la miséricorde aura été, je l’espère, plus du côté de ce que l’on a vécu ensemble que des discours.(homélie prêche)
Les discours, les homélies et tout ce que l’on peut dire ne trouveront un écho seulement s’ils rejoignent une expérience.

Vous connaissez certainement ce célèbre tableau de Rembrandt ou le Père enserre son fils, qui revient dans un état pitoyable tant dans la tenue qu’il porte que dans son cœur où il se juge plus digne d’être fils.

Cet évangile présenté dans ce tableau à l’avantage de nous parler de miséricorde tout en nous faisant sentir la profonde humanité qui s’en dégage.
Les deux fils arrêtent leur raisonnement à une question de justice, des faits. Pour le plus jeune, point question de retrouver son rang, il revient parce qu’il a faim et aucune autre solution ne s’ouvre à lui, mais il a conscience que ce ne serait pas juste de retrouver son statut d’avant. Pour l’ainé il en va de même, la fête en l’honneur de son frère est déplacée, c’est un affront qui lui est fait, et là encore ce n’est pas juste.

Le Père dépasse cette logique, non par calcul ou pédagogie, non tout simplement parce que c’est une question de vie et de mort. Mon fils était perdu et il retrouvé, il était mort et il est revenu à la vie.
Cette expérience est souvent vécue dans nos familles. Un enfant qui fait une petite bêtise qui agace ses parents va dans la plupart des cas se faire reprendre sans ménagement.
Mais quand on est dans une situation où sa bêtise aurait pu lui coûter la vie, là on ne pense même plus à s’énerver et à faire des remontrances, on le prend dans ses bras, on le serre fort et on remercie le ciel qu’il soit encore avec. C’est exactement l’expérience du Père qui voit revenir son fils à la vie.

« La miséricorde sera toujours plus grande que le péché, (nous dit le pape François), et nul ne peut imposer une limite à l’amour de Dieu qui pardonne. »

Faut-il penser pour autant que la Miséricorde met en danger la justice, la question est posée dans la parabole de l’ouvrier de la 11e heure, lorsque celui qui a travaillé une heure reçoit autant que ceux qui ont enduré le poids du jour.

Le pape nous dit que « la tentation d’exiger toujours et seulement la justice a fait oublier qu’elle n’est qu’un premier pas, nécessaire et indispensable, mais l’Eglise doit aller au-delà pour atteindre un but plus haut et plus significatif. »

Il me semble que l’évangile du jour touche le cœur de cette miséricorde qui dépasse et accomplie la justice. « A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

Cet amour trouve sa plénitude dans la miséricorde du Père. Dieu nous aime, et il ne nous aime pas globalement, en général, de loin, il nous aime personnellement et particulièrement. Il ne nous aime pas à cause de ce que nous avons été ou de ce que nous aurions pu être, il ne nous aime pas en promesse. Il nous aime, aujourd’hui dans le présent, dans ce qui fait nos vies. (Ex : Première expérience d’un amour particulier au catéchisme)

Si le père peut être touché par nos histoires, notre chemin, c’est qu’il nous aime personnellement et maintenant. Nous avons ici deux conditions de la miséricorde que nous sommes invités à mettre en œuvre. Voyez-vous si celui qui me regarde, me prend comme je suis et avec ce que je suis, si je comprends avec le cœur que dans ses yeux il n’y a aucun jugement mais un amour sans limite, alors oui je suis capable de me relever de croire que l’avenir est possible. Et si en plus ce regard sait me faire percevoir qui en est la source alors, oui je pourrais reconnaitre l’amour du Christ pour moi.
Peut-être avez-vous pu faire pendant ce pèlerinage cette expérience de la miséricorde, alors, d’une manière ou d’une autre on vous reconnaîtra comme disciples.
Amen

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